14 février 2017 – Présidentielles : on prend les mêmes et on recommence ?

L’info du jour

Le Kremlin a hésité. S’est tâté. L’idée a flotté, la possibilité que l’indéboulonnable Ziouganov ne soit par exemple pas candidat aux prochaines présidentielles a été évoquée lors du congrès du Parti Communiste. Et puis finalement, dit le journal russe RBK, ça serait non : les partis dits de l’opposition “systémique” (c’est-à-dire, celle présente au parlement) ne devraient pas présenter de nouveaux candidats pour les présidentielles de 2018, laissant Poutine face aux mêmes dinosaures qui occupent ce champ de la politique russe depuis les années 90. Au risque d’assoupir les électeurs, lors d’une élection cruciale pour la préparation de l’après-Poutine.

L’enjeu pour les officiels du Kremlin n’est évidemment pas tant celui du résultat -si Poutine se présente, il gagnera- que du plébiscite. De fait, l’objectif est posé, d’après Sergueï Kirinienko, l’un des architectes de la politique intérieure du Kremlin : 70% de participation, et autant de voix pour le “candidat principal” (Vladimir Poutine n’a toujours pas officiellement annoncé son intention de se présenter, bien que personne à Moscou ne doute que ce sera le cas).

Un chiffre plutôt ambitieux : en 2008, bien avant les manifestations de 2012 et la crise économique de 2014, Medvedev atteignait à peine ce seuil (70,28% des voix pour 69,70% de participation). Quatre ans plus tard, Poutine était élu avec 71,31% des voix et une participation de 65,34%.

Le dilemme des opposants à Poutine

Plus que jamais, Vladimir Poutine apparaît aux yeux de la population comme le seul choix réaliste, maintenant des taux de popularité autour de 80%. Et même si la vague patriotique ayant suivi l’annexion de la Crimée est plutôt sur le reflux, le président russe devrait tout de même continuer à en profiter (paradoxalement, une amélioration des relations avec les Etats-Unis serait dans ce domaine un problème, en retirant au pouvoir russe la figure bien pratique de l’épouvantail américain).

D’un autre côté, la crise économique a laissé des traces dans les ménages russes, et les prédictions d’une faible croissance pour 2017 (estimée entre 0,8% et 1,5%) et 2018 pourrait renforcer un sentiment d’apathie chez une partie de la population.

L’inéluctabilité du résultat est aussi un problème : puisque Poutine gagnera de toute manière, à quoi bon aller voter? Les élections parlementaires de 2016 ont des airs d’avertissement dans ce domaine, avec une participation historiquement faible de 48%, une chute de 12 points par rapport aux législatives de 2011. Le potentiel de mobilisation est bien plus important lors des présidentielles, mais le danger est là.

C’est bien pour faire face à ce risque d’apathie que le Kremlin envisageait (et envisage peut-être toujours) de faire rentrer dans la course des candidats nouveaux, plus “frais” et plus à même de stimuler la présidentielle.

Alexeï Navalny aurait pu jouer ce rôle : le faire rentrer dans la course, c’est donner un peu de sel à un plat sinon bien fade, tout en offrant la possibilité pour le président de battre à plat de couture son opposant le plus farouche. Mais c’est aussi courir le risque de lui offrir une visibilité inédite jusque-là… et la possibilité de réaliser un score honorable. Le risque d’un retour de flamme, en somme, aussi improbable soit-il : interrogés sur la personne qu’ils soutiendrait lors des élections, “61% des Russes disent Poutine, et moins d’1% Navalny“, note le directeur adjoint du centre Levada.

Et si Navalny semble avoir été écarté de la présidentielle (sa récente condamnation par la cour de Kirov l’empêchant, en théorie, de se présenter), RBK cite plusieurs sources proches du Kremlin notant que la possibilité d’introduire dans la course des candidats ne faisant pas partie des partis traditionnels reste sur la table.

Mais dans ce cas, le risque est inverse : faire concourir de parfaits inconnus, placés là par le Kremlin de manière un peu trop évidente et qui s’avèrent incapables d’enflammer même un tout petit peu la présidentielle. Une délicate alchimie, en somme, qui semble poser quelques soucis à Moscou.

Au-delà de 2018, l’après Poutine ?

Le score de la présidentielle sera d’autant plus important qu’il sonnera le début d’une nouvelle ère pleine d’inconnus dans la politique russe, me faisait récemment remarquer un observateur très avisé du Kremlin : Poutine ne pourra en effet pas concourir pour un mandat supplémentaire après celui de 2018. Ce mandat va donc être celui de la préparation de l’après Poutine… ou d’un changement de constitution qui permettrait à l’actuel président de se maintenir au pouvoir. Peu importe la direction que Vladimir Poutine décide de prendre, une victoire écrasante -et, si possible, sans fraudes trop ostensibles- serait alors un atout majeur pour négocier une transition inédite depuis son arrivée au pouvoir.

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