6 décembre 2016 – Le Kremlin regarde du côté des régions

L’info du jour

Moscou s’active dans les régions. Quelques mois après la nomination d’un nouveau leadership dans l’administration présidentielle (qui, à bien des égards, fait office de “second gouvernement”), le quotidien d’affaires Vedomosti rapportait hier la volonté du centre de changer sa relation avec les gouverneurs régionaux. Alors que la situation économique médiocre a sérieusement compliqué la tâche du Kremlin dans le très stratégique domaine de la redistribution du budget vers les régions, l’évaluation de la performance des gouverneurs se fera selon une procédure simplifiée. Au menu : performance économique, score électoral, et corruption.

Le centre de recherche “Politique Pétersbourgeoise”, qui a publié aujourd’hui l’édition mensuelle de son évaluation de la politique régionale russe, parle d’une tendance à moins de “politisation” concernant les cadres dans les régions, et la priorité accordée aux résultats économiques et sociologiques (c’est à dire, aux sondages d’opinion) dans l’évaluation de la performance des gouverneurs. Vedomosti cite un troisième critère qui pourrait conduire à la retraite anticipée d’un gouverneur : la “perte de confiance”, ce qui signifie vraisemblablement l’implication dans des affaires de corruption. Les critères précédents pour juger l’efficacité des gouverneurs étaient jugés trop nombreux et confus.

En d’autres termes, Moscou, qui fait face à une situation économique et sociale en dégradation dans plusieurs régions russes, attend de ses gouverneurs non plus seulement de la loyauté politique, mais aussi de l’efficacité économique et… de la discrétion. La gestion par les autorités régionales, dont la popularité est généralement abyssale, des manifestations liées aux conditions de travail représentera aussi un test important : celles-ci ont été aussi nombreuses en 2016 que l’année dernière, année record (409 manifestations contre 241 en moyenne chaque année sur la période 2008-2014, d’après les données du Centre pour les droits du travail).

Le Kremlin tente dans le même temps de satisfaire dans son budget 2017 les appétits des régions les plus voraces: la Crimée, rapporte le Moscow Times, bénéficiera ainsi de plus de 37 milliards de roubles ($593 millions) de subventions en 2017, tandis que la Tchétchénie recevra 41 milliards de roubles. Le budget régional fonctionne selon une méthode de redistribution, toutes les régions renvoyant leurs revenus vers Moscou, à la charge du Kremlin de redistribuer ensuite aux régions en ayant le plus besoin. Un mécanisme qui donne une certaine flexibilité au pouvoir russe, mais qui est aussi régulièrement source de tensions entre le centre et la périphérie.

Une inconnue subsiste de plus dans cette politique budgétaire : le soutien accordé au Donbass, théoriquement indépendant mais sous perfusion économique de la Russie. Le montant de ce soutien se trouve aujourd’hui quelque part dans la partie croissante du budget russe frappée du sceau “secret”, et donc inaccessible au commun des mortels.

Ce changement dans la manière dont le Kremlin évalue ses gouverneurs se fait sous l’égide de Sergeï Kirinienko, nommé en octobre 2016 comme premier adjoint de l’Administration présidentielle chargé de la politique intérieure. Pour de nombreux analystes, Kirinienko, éphémère premier ministre sous Eltsine et plus tard technocrate efficace à Rosatom, s’est vu confier un mandat pour la préparation des élections présidentielles de 2018. Or, la situation dans les régions russes est à ce titre d’une importante majeure, d’autant plus alors que la situation économique oblige le Kremlin à quelques sacrifices budgétaires qui pourraient être durement ressentis par les Russes.

Le parti “Russie Unie” se prépare aussi de son côté. Il y a quelques semaines, le site internet Gazeta.ru rapportait que le parti du pouvoir mettait en place une “nouvelle verticale”. Objectif affiché : renforcer les liens entre la structure fédérale et les parlements régionaux, ainsi que l’activité des députés dans leurs régions.

Gazeta note ainsi qu’en raison d’une absence quasi totale de contrôle, les députés pouvaient utiliser leurs “semaines régionales” (période pendant laquelle ils sont censés travailler dans les circonscriptions dans lesquelles ils ont été élus) comme des périodes de vacances. Le nouveau leadership de Russie Unie chercherait à renforcer le contrôle sur ces périodes pour s’assurer que les députés soient plus actifs dans les régions.

Un autre objectif de ce renforcement de la hiérarchie au sein du parti serait, d’après une source citée par Gazeta, d’éviter ces situations ou les autorités régionales s’abstenaient de soutenir le candidat de Russie Unie lors des échéances électorales. “Mais maintenant”, écrit le journal, “les autorités seront obligées de travailler avec les députés élus, peu importe leur sympathie personnelle ou leurs intérêts.”

Advertisements

Author: Fabrice Deprez

Je suis journaliste depuis 2015, un travail qui m'a déjà emmené en Ukraine, en Russie et dans les pays Baltes. Parmi mes (nombreux) intérêts se trouvent les transformations économiques et politiques de la région, les questions internationales et les problématiques digitales. Sinon, j'aime écouter du hip-hop russophone et manger du plov.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s