28 octobre 2016 – A la conférence de Riga, on parle (encore) guerre froide

L’info du jour

Alors que les tensions dans la région balte augmentent depuis quelques semaines, plusieurs participants de la conférence sur la sécurité de Riga ont insisté, lors de la première journée du forum, sur les différents idéologiques entre la Russie et l’Ouest. Un discours qui renforce, sur le plan rhétorique du moins, l’impression d’un retour d’une guerre froide opposant Moscou et l’Ouest.

RIGA, Lettonie – Club de discussion « Valdaï » à Sotchi, « Warsaw Security Forum » en Pologne et «Riga Conference» en Lettonie: c’est une profusion d’évènements discutant de la sécurité en Europe qui se sont déroulés fin octobre aux quatre coins du continent. Et si les points de vue n’étaient pas les même, la réalité d’une période de tension inédite rappelant l’époque de la guerre froide semble faire consensus.

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Le ministre de la défense canadien Harjit Sijjan lors de la conférence de Riga

« La Russie est passée du statut de partenaire stratégique à celui de challenge stratégique » a ainsi déclaré à Riga Anders Fogh Rasmussen, ancien secrétaire général de l’OTAN, dans une référence à la manière dont la nouvelle édition du document de politique extérieure de l’UE définit la Russie. Dans le même temps, le président letton Raimonds Vējonis insistait sur la nécessité d’une « présence renforcée de l’OTAN », alors que l’alliance atlantique se prépare au déploiement de 4 000 hommes supplémentaires dans les pays baltes et que le Royaume-Uni a annoncé l’envoi l’année prochaine d’avions de combat en Roumanie. Mr Rasmussen est même allé plus loin, disant qu’il « n’excluait pas la nécessité de bases permanentes à l’Est » si la Russie « multipliait ses provocations ». Sans aller jusque-là, le sommet de l’OTAN à Varsovie a conduit en juillet dernier à l’annonce du déploiement de quatre nouveaux bataillons sur le « front est », en Pologne et dans les pays baltes.

Cette conférence se déroule alors que la région connait depuis le début du mois une escalade de tensions, entre une activité militaire russe qualifiée de « provocation » par les gouvernements locaux et le renforcement de la présence de l’OTAN dans la région. L’annonce de l’arrivée de missiles balistiques russe « Iskander » à Kaliningrad au début du mois avait été largement dénoncée par les pays baltes et la Pologne, tandis que plusieurs cas de violations des espaces aériens finlandais et estoniens étaient dénoncés au même moment. C’est maintenant l’arrivée à Kaliningrad de navires russes équipés de missiles de croisière qui suscite l’inquiétude, et notamment la possibilité que ces missiles soient équipés de têtes nucléaires.

Une lutte idéologique ?

Mais ces tensions ne sont plus simplement vues comme une simple lutte géopolitique : pour plusieurs intervenants de la conférence de Riga, la lutte entre l’Ouest et Moscou est aussi un combat de valeurs. « A l’Est, la Russie représente un challenge de plus en plus important, c’est un pays qui voit l’Ouest et ses valeurs comme une menace » a affirmé le président letton lors du discours d’ouverture de la conférence.

Le directeur du « NATO Strategic Communications Centre of Excellence » s’est même risqué à une comparaison entre la Russie et l’Etat Islamique, déclarant dans une discussion sur la désinformation que les deux « attaquent nos valeurs » et « imposent un discours unique ». « Bien sûr que l’OTAN n’est pas une menace pour la Russie » a rajouté Jānis Sārts, « mais les valeurs que nous portons représentent un risque pour le pouvoir russe » (Mr Sārts avait auparavant précisé qu’il ne parlait pas au nom de l’OTAN). Une perception idéologique de la confrontation  entre l’Ouest et la Russie dont les échos se retrouvent à Moscou, toujours prompt à dénoncer la « décadence morale » de l’Ouest.

Difficile dans ces conditions de percevoir une éclaircie dans le ciel de la relation Ouest/Russie, que ce soit en Europe ou en Syrie, où Moscou a démenti être impliqué dans une frappe sur une école ayant tué au moins 22 enfants. Autre ombre au tableau: la révélation par un officiel américain d’une rencontre entre des avions de combat russes et américains qui se seraient « frôlés » le 17 octobre : la perspective d’un incident entraînant une dangereuse escalade est l’une des principales craintes des capitales occidentales.

 

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Author: Fabrice Deprez

Je suis journaliste depuis 2015, un travail qui m'a déjà emmené en Ukraine, en Russie et dans les pays Baltes. Parmi mes (nombreux) intérêts se trouvent les transformations économiques et politiques de la région, les questions internationales et les problématiques digitales. Sinon, j'aime écouter du hip-hop russophone et manger du plov.

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