10 octobre 2016 – Parfum de Guerre froide dans la Baltique

L’info du jour

L’arrivée de missiles balistiques dans l’enclave de Kaliningrad -un sujet de tensions entre Moscou et l’Ouest depuis déjà plusieurs années- n’est qu’un nouvel épisode dans une série d’incidents concentrés autour de la région balte : entre accusations de violation d’espaces aériens, exercices militaires et renforcement de l’OTAN, les tensions dans la région atteignent un niveau inédit.

Une rotation routinière : voilà comment le Ministère de la Défense russe a confirmé, samedi 8 août, avoir déplacé des systèmes de missiles balistiques “Iskander” vers l’enclave de Kaliningrad. Faisant référence à l’indignation de l’Estonie qui, la première, avait dénoncé cette arrivée de missiles pouvant être dotés de têtes nucléaires au cœur de l’Europe, le porte-parole du Ministère de la Défense a déclaré que “les auteurs de ce bruit médiatique devraient savoir que les systèmes “Iskander” sont mobiles“. Autrement dit : ils vont, ils viennent, et personne ne devrait s’en inquiéter.

Moscou s’est aussi défendu d’avoir voulu transférer ces missiles dans le plus grand secret, affirmant s’être volontairement révélé aux satellites-espions américains.

Hasard ou stratégie délibérée ? Presque au moment, la Finlande puis l’Estonie dénonçaient des violations de leurs espaces aériens respectifs par des avions de combat russes. “Deux violations suspectées en une seule journée est exceptionnel” notait ainsi le ministre de la défense finlandais, cité par l’agence Reuters.

Pour plusieurs analystes, cette activité russe est une manière d’augmenter la pression sur les pays nordiques, au moment où la Finlande signe un pacte de coopération militaire avec les Etats-Unis (comme le rapporte l’Associated Press). Néanmoins, l’activité de l’armée de l’air russe ces derniers jours ne s’est pas limitée au nord de l’Europe, deux bombardiers stratégiques russes Tu-160 ayant été interceptés successivement par des chasseurs britanniques, français, puis espagnols (le Sun a publié une carte du “voyage” de ces deux bombardiers). Prise dans un contexte plus large, l’attitude russe pourrait ainsi être une conséquence de l’effondrement de la coopération russo-américaine en Syrie, qui a vu Washington accuser Moscou de crimes de guerre.

“[Moscou] venait à peine de réussir à sortir de son isolation et devenir un garant de la paix en Syrie à égal avec les USA” écrit le quotidien financier Vedomosti, “mais il semble que la Russie ne dispose pas des ressources pour soutenir ses succès diplomatiques”.

Zone de tension

La région balte, où sont notamment déployés des Mirage 2000 français dans le cadre de la mission “Baltic Air Police” de l’OTAN, reste néanmoins un épicentre des tensions entre les pays de l’Ouest, qui n’a cessé de voir d’un mauvais oeil la présence d’une alliance “hostile” à sa frontière.

Quant à la controverse concernant l’implantation de missiles balistiques à Kaliningrad, elle n’est pas nouvelle : en 2013 déjà, les Etats-Unis s’étaient inquiétés d’informations concernant le déploiement de ces mêmes “Iskander” dans la région, comme le rapportait Le Monde à l’époque. Et si Vladimir Poutine avait démenti l’arrivée d’Iskanders à Kaliningrad quelques jours plus tard, le Ministère de la Défense avait dans le même temps précisé qu’un tel déploiement n’aurait rien d’illégal.

Le président sortant estonien, dont les officiels ont les premiers dénoncés l’arrivée des missiles russes, a tenu néanmoins à se montrer rassurant : tout en regrettant “un contexte général d’escalade”, Toomas Hendrik a décrit l’attitude russe comme une simple “démonstration de force” et rappelé que, en tant que membre de l’OTAN, l’Estonie pouvait se sentir en sécurité. En juin, l’alliance atlantique s’était entendue sur l’envoi de 4 000 soldats supplémentaires dans les pays baltes.

Plus nerveuse, la Lettonie voisine a rappelé une partie de son personnel militaire et lancé plusieurs exercices militaires en réponse à une “augmentation de l’activité militaire russe dans la région“, affirmait le média local Delfi. La Lituanie, frontalière de Kaliningrad, a elle annoncé son intention de protester officiellement à Moscou l’arrivée des missiles russes.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s