6 octobre 2016 – Combien de Russes quittent leur pays ?

L’info du jour

Le “Comité d’Initiatives Citoyennes”, une organisation fondée par l’homme politique russe Alexeï Koudrine, vient de publier un rapport consacré à l’émigration des Russes à l’étranger. Le sujet, généralement traité sous l’angle de la “fuite de cerveaux”, est un véritable marronnier de toute discussion consacré au déclin de la Russie, et son importance a été parfois exagérée. Le rapport apporte néanmoins une affirmation intéressante : Rosstat, l’INSEE russe, sous-estimerait très largement le nombre de Russes ayant émigré à l’étranger.

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Statistiques d’immigration (traduction personnelle) // Source : komitetgi.ru

Ainsi, pour la France, ce sont 326 Russes qui y auraient émigré aux dires de Rosstat, mais plus de 4 300 d’après des statistiques étrangères (INSEE ? Une -brève- recherche ne nous a pas permis de retrouver ces chiffres), soit près de 14 fois plus. Et si on peut envisager une différence dans la manière de compter, cette différence se retrouve dans tous les pays mentionnés par le rapport (à des degrés plus ou moins importants).

L’émigration hors de Russie serait donc un phénomène bien plus important que ce que ne le laisse entendre les statistiques officielles, d’autant plus que ces émigrés tendent à posséder de haut niveau d’éducation : l’INSEE notait ainsi qu’en 2012, “plus d’un immigré sur deux en provenance des États-Unis, de Chine, d’Espagne, d’Italie ou de Russie possède un diplôme supérieur“. Autre caractéristique de l’immigration russe en France : elle est féminine à près de 60%.

Sur la base de ces données, le Comité d’Initiatives Citoyennes a établi une typologie des pays phares de l’émigration russe (les trois plus importants en volume étant, en 2013, l’Allemagne, les Etats-Unis et Israël). En fonction de leurs moyens ou de leurs motivations pour quitter leur pays, les Russes ne s’établissent en effet pas aux mêmes endroits :

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Typologie (traduction personnelle) // Source : Idem

Le rapport ne se prononce pas sur le futur de l’émigration russe, préférant décrire les raisons qui poussent tant de Russes à quitter leur pays. Sans surprise, elles sont multiples, et divisées en facteurs socio-économiques (instabilité de l’économie ; faible budget pour la recherche scientifique ; faibles perspectives d’évolution sociale) et socio-politiques (sympathie pour les positions de l’opposition ; manque de confiance dans le système judiciaire) qui jouent le rôle de repoussoir, et la bonne situation de pays étrangers qui jouent le rôle d’aimant.

La situation risque en tout cas peu de changer à moyen terme, aux vue des dernières prévisions économiques (avec une vraisemblable stagnation pour les 3-4 ans à venir) et d’une trajectoire politique depuis 2012 qui laisse de moins en moins de place à l’expression des opinions dissidentes.

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Author: Fabrice Deprez

Je suis journaliste depuis 2015, un travail qui m'a déjà emmené en Ukraine, en Russie et dans les pays Baltes. Parmi mes (nombreux) intérêts se trouvent les transformations économiques et politiques de la région, les questions internationales et les problématiques digitales. Sinon, j'aime écouter du hip-hop russophone et manger du plov.

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