21 juillet 2016 – Turquie : la Russie a-t-elle “sauvé” Erdogan ?

L’info du jour

De nombreux médias russes relaient ces derniers jours une information publiée par une agence de presse iranienne, affirmant que la Russie a prévenu le président turc Erdogan de la tentative de coup d’Etat dirigé contre lui quelques heures avant son lancement. Une information largement partagée sur l’internet russophone et qui, malgré sa fiabilité douteuse, a été décrit par certains observateurs comme une nouvelle étape du rapprochement entre les deux pays.

L’agence de presse d’Etat anglophone Sputnik, qui a elle aussi relayé l’information, cite comme le reste des médias russe l’agence iranienne Farsnews, qui se déclare indépendante mais est largement considérée comme l’agence “semi-officielle” du régime iranien. A ce titre, Farsnews s’est faite le relais de théories complotistes relativement populaire dans certains milieux, par exemple en publiant une série d’articles affirmant que les USA étaient contrôlés par des extraterrestres.

Dans le cas de l’article sur le coup d’Etat en Turquie, les médias russes citent Farsnews comme unique source, Sputnik écrivant que “des sources diplomatiques l’ont affirmé à l’agence de presse [Farsnews]” tandis que le quotidien russe Izvestia écrit que “des sources diplomatiques l’ont confirmé à Farsnews”. Or, Farsnews ne donne dans son article aucune information de première main sur ce sujet, parlant simplement de “plusieurs médias arabes” qui auraient “cité des sources diplomatiques à Ankara”, sans reprendre directement les citations ni même donner le nom des dits médias.

Lorsque Farsnews cite directement un média, il s’agit du journal turc Hürriyet, qui écrivait le 19 juillet que le renseignement turc avait prévenu les principaux généraux du pays du coup d’Etat quelques heures avant son lancement. L’article d’Hürriyet ne mentionne à aucun moment un éventuel rôle de la Russie.

Souvent impossible à vérifier, les affirmations déclarant que tel pays avait prévenu tel autre d’un attentat sont légion parmi les médias, et la Russie n’y fait pas exception. En mars dernier, la chaîne russe Life (réputé proche des services de renseignement russes) avait ainsi affirmé que la Russie avait prévenu la Belgique de l’imminence d’une attaque, nommant deux Biélorusses qui se sont avérés n’avoir aucun lien avec les attentats du 22 mars. Un officiel turque avait aussi déclaré quelques jours après les attentats de Paris du 13 novembre avoir prévenu la France à deux reprises.

Ici, aucune déclaration officielle de Moscou ni d’Ankara, non plus que de source clairement identifiée. Si l’information est donc très douteuse, cela n’a pas empêché plusieurs observateurs de l’inscrire dans l’actuel rapprochement entre la Turquie et Erdogan (Moscou parle plutôt de “normalisation” des relations), notant que l’annonce d’une rencontre entre Erdogan et Poutine a été faite à peine deux jours après la tentative de coup d’Etat (bien qu’il en était question depuis près de trois semaines).

Dans le même temps, les événements du 15 juillet ont porté un véritable coups aux relations américano-turques, Ankara accusant Washington de protéger Fethullah Gülen, un politicien turc aujourd’hui réfugié aux USA et considéré par la Turquie comme l’instigateur de la tentative de coup d’Etat. Combiné à la poursuite du rapprochement avec la Russie, un envenimement des relations avec les Etats-Unis pourrait sans conteste bénéficier à Moscou, toujours à la recherche d’une solution durable en Syrie.

La Turquie reste ainsi un important point de transit pour les islamistes russes (provenant en majorité du Caucase) souhaitant combattre en Syrie, mais aussi un lieu ou de nombreux anciens combattants tchétchènes recherchés par Moscou se cachent : les services secrets russes sont ainsi suspectés d’avoir conduit plusieurs assassinats de ces anciens leaders tchétchènes en Turquie (Ankara avait annoncé en avril l’arrestation de deux agents russes soupçonnés d’un tel assassinat en novembre dernier). En rajoutant les considérations économiques (dans le domaine du tourisme et de l’énergie, notamment), il ne fait donc aucun doute que les deux pays ont intérêt à normaliser leurs relations. Sans pour autant signifier que Moscou a réellement prévenu Erdogan d’un imminent coup d’Etat.

MAJ : Interrogé sur cette rumeur, le porte-parole du Kremlin a déclaré n’avoir “aucune information” à ce sujet, et ne pas savoir “d’où l’agence de presse Farsnews tient cette information”.

L’article du jour

Reuters – Trusted allies: why Putin won’t fire sports minister over doping scandal

Le Tribunal Arbitral du Sport a rejeté aujourd’hui l’appel des athlètes russes soupçonnés de dopage, enterrant leurs derniers espoirs de se rendre à Rio. Alors que l’hypothèse d’une interdiction globale pour les sportifs russes de concourir aux Jeux Olympiques se fait de plus en plus probable, Reuters revient sur la figure de Vitaly Mutko, le ministre des Sports, avec cette simple question : pourquoi, malgré l’ampleur du scandale et l’humiliation que représenterait pour Poutine une absence de la Russie aux JO, n’a-t-il toujours pas été saqué ? Pour Reuters, c’est avant tout une affaire de loyauté, ajouté au travail énorme qu’avait accompli Mutko ces dernières années pour placer le sport russe sous le feu des projecteurs. Un travail qui menace aujourd’hui d’être réduit en poussière par la découverte de l’incroyable dopage d’Etat d’abord révélé par le New-York Times et confirmé par un rapport de l’Agence Mondiale Antidopage.

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