18 juillet 2016 – Pays baltes ou Ukraine : l’OTAN se trompe-t-elle sur les priorités stratégiques de la Russie ?

L’info du jour

Une tribune publiée dans le quotidien financier “Vedomosti” consacrée à la politique militaire russe en Europe de l’Est a été très largement relayée parmi les médias russes spécialisés dans les questions de défense. Rédigée par Rouslan Poukhov, le directeur d’un think tank russe, cette tribune affirme que la priorité stratégique de la Russie à l’Est ne se situe pas au niveau des pays Baltes, comme l’affirme l’OTAN, mais bien à celui de l’Ukraine. Pour preuve : alors que les forces russes à Kaliningrad seraient en déclin depuis des années, Moscou a déployé le long de la frontière ukrainienne une force d’une ampleur sans précédent.

La tribune s’intitule “Notre Carte de l’Afrique”, en référence à une remarque qu’aurait faite dans les années 1880 le chancelier Bismarck en réponse à un visiteur de son cabinet, qui s’étonnait de ne pas voir de carte de l’Afrique sur les murs de son bureau. “Voilà la France”, aurait répondu Bismarck en lui montrant une carte de l’Europe, “et voilà la Russie. Et nous sommes entre les deux. La voilà, ma carte de l’Afrique !”.

Pour Rouslan Poukhov, les Occidentaux se trompent sur les priorités stratégiques de la Russie en Europe de l’Est : depuis les réformes entamées en 2009, affirme-t-il, le nombre de troupes dans la région de Kaliningrad a été drastiquement réduit et les unités “soulagées” de leur matériel lourd. De plus, les unités présentes dans les régions de Kaliningrad ainsi qu’à la frontière avec les pays baltes (régions de Leningrad et Pskov) n’ont été que peu équipées d’équipement moderne, à la différences de nombreuses autres unités à travers la Russie qui bénéficient du programme de modernisation des forces armées entamées à la fin des années 2000.

Cette inactivité militaire relative dans la région représente pour Rouslan Poukhov un contraste saisissant avec ce qui se passe à la frontière ukrainienne : au Nord de celle-ci a été réactivée en 2015 la 1re armée blindée de la Garde, qui devrait être équipée des chars les plus modernes. Cette armée sera notamment composée d’une toute nouvelle division d’infanterie motorisée qui sera basée entre Smolensk et Ielnia, proche des frontières biélorusse et ukrainienne. Au Sud, Poukhov parle d’une région en voie d’être “saturée” de troupes, mentionnant notamment le transfert de deux brigades d’infanterie motorisée et vraisemblablement plus tard d’une nouvelle division. Enfin, dans la région de Rostov (près de la mer Noire), a démarré la mise en place de la 150ème division motorisée près de Novotcherkassk.

Le but de cette activité militaire est évident“, affirme Rouslan Poukhov, “à la frontière avec l’Ukraine (où il n’y avait pas de troupes trois ans auparavant) vont être créés trois groupes capables, si nécessaire, de frapper au Nord en direction de Kiev, et, au Sud, de prendre en pince le groupe d’armée ukrainien sur la rive gauche du pays. L’Ukraine ne dispose pas des forces suffisantes, et ne pourra pas les créer à moyen terme, pour contrer une attaque de ces groupes et, de manière générale, pour confronter une opération “en profondeur” de la Russie“.

divisions
Emplacement de trois nouvelles divisions qui seront déployées près de la frontière ukrainienne courant 2016 // Source : Vedomosti

Quant à la raison de ce déploiement, celui-ci serait dû au fait que Moscou, ayant perdu en 2014 tous ses leviers d’influence sur l’Ukraine à l’exception du levier militaire, est aujourd’hui condamné à renforcer ce dernier autant que possible. Pour Proukhov, cette attitude est dans la droite lignée de la politique étrangère russe, pensée en termes de “sphères d’influence” : Moscou aurait reconnu les pays Baltes comme faisant partie de la sphère d’influence occidentale, et ne s’y intéresse donc pas, au contraire de l’Ukraine qui reste à ses yeux un enjeu stratégique.

La préoccupation de l’OTAN envers les pays baltes, que Poukhov qualifie d'”hystérie”, serait-elle mal placée ? La menace d’une invasion russe dans la région est en tout cas devenue depuis la guerre contre la Géorgie mais surtout depuis l’annexion de la Crimée et le conflit dans l’Est ukrainien un élément habituel de la rhétorique atlantiste. Du côté des pays baltes, les nombreux vols de l’aviation militaire russe près des frontières de ces pays et surtout la condamnation par la Russie d’un officier de renseignement estonien qui, d’après Riga, aurait été enlevé sur le territoire estonien par le FSB a contribué au maintien de relations délétères entre la Russie et les trois pays Baltes.

Alliée aux concepts de “réassurance” (placer des troupes dans la région pour rassurer les pays baltes) et de “deterrence” (placer des troupes dans la région pour décourager une invasion russe), la présence de l’Estonie, de la Lettonie et dans la Lituanie dans l’OTAN est vue par ces pays comme la principale garantie de leur sécurité. Mais la pertinence d’y maintenir des troupes reste débattue, certains argumentant que leur nombre est insuffisant pour repousser une invasion russe, d’autres critiquant l’existence même de ces troupes, affirmant que la Russie n’a aucune véritable raison d’envahir des pays Baltes membres de l’OTAN.

La direction reste de toute manière fixée, le sommet de l’OTAN à Varsovie ayant permis d’annoncer le déploiement de quatre bataillons dans les pays baltes ainsi qu’en Pologne. Reste maintenant à voir si le déploiement de troupes russes à la frontière d’un pays non-membre de l’OTAN mais néanmoins soutenu par l’Ouest suscitera autant d’inquiétude.

L’article du jour

TTU Info – Moscou : Scandale au SEB

Un court mais très intéressant article sur le rififi qui se déroule en ce moment au sein du SEB, le service “sécurité économique” du FSB. Un rififi qu’un journal russe avait qualifié il y a trois semaines de “grand nettoyage“, en référence au départ de plusieurs officiers du service après un important scandale.

Le média social du jour

Dans un registre un poil différent, une série de photos montrant des pompiers de Saint Pétersbourg administrant de l’oxygène à un chat qu’ils venaient de sortir d’un immeuble en feu a -sans surprise- été très largement partagé sur l’internet russophone.

“En donnant de l’oxygène à un chat, ces pompiers de Saint-Pétersbourg sont devenus des héros”

 

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