17 juin 2016 – Au forum économique de Saint-Pétersbourg, un Poutine technocrate et (presque) conciliant

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Amélioration du climat des affaires, lutte contre la corruption, attraction des investissements…  une chanson connue, mais entonnée ces dernières années avec un enthousiasme relativement limité dans les hautes sphères du Kremlin. Mais la crise économique et la chute des cours du pétrole sont passées par là : au forum économique de Saint Pétersbourg, Vladimir Poutine a insisté sur le besoin de réformer la Russie pour relancer l’économique du pays, prônant au passage une amélioration des relations avec l’UE.

Le président russe a ainsi commencé son discours en mentionnant la nécessité d’un nouveau “partenariat eurasiatique” qui s’étendrait à la Chine, l’Inde, le Pakistan, “et d’autres pays“. Avant de préciser que ce projet de “Grande Eurasie” (dont les contours exacts restent à définir) serait également ouvert à l’Union Européenne. Puis, tout en notant qu’il existait un danger de tensions géopolitiques qui pourraient, d’après lui, être “artificiellement provoquées“, Vladimir Poutine s’est déclaré prêt à “venir à la rencontre de nos partenaires européens“, à la condition que le mouvement ne soit pas unilatéral. Un ton relativement conciliant, alors même que l’Union Européenne annonçait (sans surprise) la prolongation d’un an des sanctions consécutives à l’annexion de la Crimée.

Surtout, le président russe a confirmé un mouvement lancé au début de l’année pour un retour à la croissance économique par le biais de réformes d’ampleurs. Depuis déjà plusieurs mois, les figures libérales de l’élite russe bénéficient d’une médiatisation croissante, poussant la nécessité d’entamer des réformes importantes dans le domaine économique mais aussi dans le système de gouvernance du pays. Un discours relativement fort que Poutine, tout en restant modéré, n’a pas démenti lors de sa prise de parole à Saint-Pétersbourg. “La croissance à long terme de la Russie ne devrait pas être inférieure à 4 %” a ainsi déclaré le président, un chiffre déjà mentionné dans plusieurs discussions gouvernementales.

Il a aussi annoncé la création d’un nouveau “Conseil pour le développement stratégique”, dirigé par Poutine lui-même et qui sera chargé de “la mise en place de projets clés destiné à effectuer des changements structurels dans les secteurs économiques et sociaux, afin d’améliorer la croissance“. Un projet qui ressemble beaucoup à une proposition de German Gref, le patron de Sberbank, il y a quelques mois. La commission souhaitée par German Gref, en plus de piloter des projets, devait aussi se charger d’évaluer l’efficacité des ministères, un volet que n’a pas mentionné le président russe.

Enfin, Vladimir Poutine a confirmé vouloir “continuer la libéralisation [de l’économie] et l’amélioration du climat des affaires“, mentionnant la nécessité de “régler des problèmes systémiques“, notamment en ce qui concerne les relations entre les entreprises et les structures étatiques. “Les membres des forces de sécurité devraient être tenues personnellement responsable lorsque des actions injustifiées entraînent la destruction d’une entreprise” a notamment déclaré le président. Une critique qui là encore le rapproche du libéral et ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine qui appelle à la réforme du système judiciaire et de la police, encore trop souvent impliqués dans des appropriations illégales d’entreprises (ou plus simplement dans un large système de corruption).

Si ce discours confirme le cap pris par le président russe ces derniers mois, il ne dit rien sur la manière dont ces projets -dont les grandes lignes ont été répétées maintes et maintes fois dans l’histoire politique russe- seront ou pas implémentés. Vladimir Poutine ne s’est aussi pas exprimé sur le plan de privatisation mis en place au début de l’année dernière : la montée des prix du pétrole a peut-être réduit la détermination du gouvernement de ce côté là. Autre absent, la réforme de l’âge de la retraite, à la fois l’un des projets phares d’Alexeï Koudrine mais aussi l’une des réformes les plus politiquement sensibles.

Au niveau géopolitique aussi, Poutine tente de jouer sur plusieurs tableaux : si le président russe a appelé à une amélioration des relations avec l’UE et a loué les USA comme étant une “grande puissance“, il a dans le même temps critiqué le rôle de l’Occident dans la déstabilisation du monde et affirmé que le problème du dopage n’était pas limité à la Russie. Un numéro d’équilibriste permanent donc, autant dans le domaine économique qu’international.

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Author: Fabrice Deprez

Je suis journaliste depuis 2015, un travail qui m'a déjà emmené en Ukraine, en Russie et dans les pays Baltes. Parmi mes (nombreux) intérêts se trouvent les transformations économiques et politiques de la région, les questions internationales et les problématiques digitales. Sinon, j'aime écouter du hip-hop russophone et manger du plov.

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