Vladimir Poutine, taux de popularité et corruption

Dans une courte mais très intéressante tribune publiée par le quotidien financier russe “Vedomosti”, l’une des principales figures de l’institut de sondage “Centre Levada” discute la problématique du taux de popularité de Vladimir Poutine (taux calculé justement par le Centre Levada). Il répond notamment à ceux qui considèrent que les 80 % de popularité du président russe ne peuvent s’expliquer que par la crainte des personnes interrogées à critiquer publiquement Vladimir Poutine, en montrant comment les Russes n’ont pas de problème à critiquer le président dans d’autres sondages. Vous trouverez dans la suite de cet article une traduction intégrale de cette tribune.

vedomosti

“Le sondage le plus débattu et le plus critiqué parmi les enquêtes régulières mené par le Centre Levada est celui concernant le taux popularité de Vladimir Poutine. Mais ce taux de popularité est en fait le nombre de personnes qui répondent de manière affirmative à la question “Dans l’ensemble, approuvez-vous ou désapprouvez-vous l’action de Vladimir Poutine en tant que président de la Russie ?“. Il est maintenant de bon ton d’exprimer son scepticisme face aux résultats de cette enquête.

Ceux qui ne nous accusent pas carrément de falsification affirment que, bien entendu, la majorité des personnes interrogées sont simplement effrayées d’exprimer leur désapprobation, crainte que les sociologues ne prendraient pas en compte dans leurs résultats. Très bien, partons du principe qu’une majorité des 80 % [exprimant leur soutien à Vladimir Poutine, ndt], soutiennent le président russe par crainte ; il y a alors toujours 17 % des personnes interrogées qui choisissent la réponse “je n’approuve pas l’action de Vladimir Poutine“. S’ils répondent de cette manière par courage, comment cela se fait-il que ceux ayant vécu sous l’URSS expriment leur désapprobation dans une proportion deux fois plus importante que la jeune génération ? Pourquoi les habitants des petites villes tendent à désapprouver plus fortement l’action de Vladimir Poutine que ceux des grandes villes ? Pourquoi le taux de désapprobation est plus important chez les pauvres que chez les riches ? La peur ne peut pas l’expliquer.

Dans un autre sondage, nous avons demandé à la population russe : “Dans quelle mesure estimez-vous Vladimir Poutine responsable de la corruption de masse et des malversations financières au sein des échelons les plus élevés du pouvoir ?“. Voilà ce que l’on peut répondre à ceux qui pensent que les Russes craignent d’avoir une pensée critique, et encore plus de l’exprimer, à l’égard du président : 26 % ont répondu que Poutine est responsable “totalement“, 33 % ont répondu qu’il est responsable “en partie“. Au final, c’est une majorité de 59 % qui considère Poutine responsable de la corruption.

Précisons que ce résultat n’est pas lié aux “Panama Papers”. Seul 40 % des personnes interrogées en ont entendu parler ; et parmi ces 40 %, les 2/3 déclarent que le scandale “ne les intéresse pas“. La majorité des personnes interrogées (56 %) n’en ont pas entendu parler.

Les Russes approuvent donc en majorité l’action de Vladimir Poutine au poste de président de la Russie, sans pour autant le décharger de ses responsabilités en matière de corruption (ainsi que pour d’autres événements négatifs dans le pays). Voilà l’une des principales caractéristiques du tant discuté “taux de popularité”.

La clé de ce sondage, aussi bien dans la question que dans la réponse, réside dans l’usage du terme “dans l’ensemble” qui transfère l’expression de l’approbation, non plus en fonction d’actions concrètes du président en tant que serviteur de l’Etat, mais vers la fonction dans son ensemble, devenant synonyme de Russie. La réponse devient alors quelque chose de plus important, équivalent à dire “je soutiens la Russie !”. Or, ce type d’opinion ne chute pas en proportion à cause de problèmes intérieurs, mais peut augmenter si les masses pensent que la Russie est de plus en plus crainte, ou respectée, dans le monde.

Quant aux 17 % qui n’approuvent pas Poutine “dans l’ensemble“, ce n’est pas une opposition ni une cinquième colonne. Ce sont ceux qui prennent la question concernant le travail du président non pas de manière idéalisée mais au pied de la lettre, ceux qui ne considèrent pas qu’inspirer la crainte au monde est plus important que d’assurer le bien-être des siens. Mais ils représentent une minorité.”

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