Revue de presse – L’UE reprend le dialogue avec la Russie

Certains s’en réjouissent, d’autres s’en scandalisent, mais personne ne le conteste : l’ambiance est à la réduction des tensions entre la Russie et l’UE, et les discussions sur l’annulation ou du moins la réduction des sanctions votées à la suite du conflit dans l’est de l’Ukraine -impensables il y a encore quelques mois- s’étalent maintenant dans la presse internationale. Petit tour des analyses et réactions.

C’est Leonid Bershidsky, un ancien journaliste russe aujourd’hui émigré en Allemagne, qui le dit le plus clairement : “La détermination à la base des sanctions contre la Russie s’affaiblit“. Le pronostic du commentateur de Bloomberg est largement partagé par la majorité des experts : probable prolongement des sanctions lors du vote de juillet, mais un prochain vote beaucoup plus compliqué dans six mois.

En théorie, tout est là pour une extension automatique des sanctions. Les accords de Minsk, dont l’UE et les Etats-Unis réclament l’implantation complète comme condition à la levée de la majorité des sanctions*, sont au point mort. Les combats sont toujours quotidiens dans l’Est de l’Ukraine et les exigences politiques des accords de Minsk (que la Russie rende le contrôle de sa frontière avec l’Ukraine à Kiev et cesse son soutien aux séparatistes, et que Kiev vote la législation nécessaire à la tenue d’élections dans les régions contrôlées par les rebelles) ne sont pas plus près d’être réalisées qu’il y a quinze mois.

*Toutes ces discussions portent sur une levée de sanctions liées au conflit dans l’Est de l’Ukraine. Celles votées à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie ne sont pas débattues, et resteront vraisemblablement en place jusqu’à ce que l’Ukraine reprenne le contrôle de la péninsule.

Pourtant, l’ambiance a changé. Les contacts entre la Russie et les pays de l’UE ont regagné en intensité, qu’il s’agisse de voyages parlementaires, de déplacement de délégations d’entreprises appelant à l’amélioration des relations ou de la visite d’Etat de Vladimir Poutine en Grèce, sa première dans un pays de l’UE depuis six mois. L’Allemagne est au cœur de ce processus de relance des discussions : alors qu’Angela Merkel a longtemps été en première ligne pour défendre les sanctions contre la Russie, la chancelière semble en moment changer son fusil d’épaule.

Dans un long article (en anglais), le journal en ligne allemand Spiegel affirme ainsi que Berlin réfléchit déjà depuis plusieurs semaines à un abandon de la politique actuelle (qui voudrait que la majorité des sanctions soient levés d’un coup lorsque les accords de Minsk sont respectés) en faveur d’une stratégie de réduction de sanctions “pas-à-pas” : les pays de l’UE encourageraient ainsi des développements favorables dans l’Est de l’Ukraine avec l’annulation de certains volets des sanctions. Le raisonnement d’Angela Merkel derrière cette nouvelle stratégie est simple, d’après Spiegel : maintenir le consensus européen.

L’argument de Berlin est que, dans une situation ou les pays souhaitant maintenir les sanctions et ceux souhaitant les enlever sont de plus en plus divisés, il faut trouver un moyen de maintenir l’UE sur la même ligne. Le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a prévenu récemment que l’opposition à l’extension des sanctions grandissait. Il devient de plus en plus compliqué d’arriver à une position uniforme sur la question, ce qui est indispensable car le vote sur les sanctions doit être passé à l’unanimité. La logique de l’Allemagne est qu’il ne faut surtout pas donner à l’impression à Poutine qu’il peut diviser l’UE.

Allemagne, France et Italie sont les moteurs de ce changement de politique : le ministre de l’Economie français Emmanuel Macron devrait ainsi se rendre à un forum économique en Russie le mois prochain, de même que le premier ministre italien Matteo Renzi et le président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker (il devrait d’ailleurs rencontrer Vladimir Poutine).

Si l’argument “business” est dans toutes les bouches -c’est au nom de la “défense des agriculteurs français” touchés par les contre-sanctions russes que l’Assemblée nationale a voté il y a quelques semaines une résolution demandant le retrait des sanctions-, il semble qu’une certaine exaspération des chancelleries européennes face à la mauvaise volonté de Kiev à respecter elle aussi les accords de Minsk ait joué dans cette volonté de relancer le dialogue avec la Russie. Le Figaro notait ainsi comment, lors d’une visite à Moscou en avril, le ministre français des affaires étrangères avait “rappelé Kiev à ses obligations pour la mise en oeuvre des accords de paix“.

Mardi, pour sa part, le ministre français des Affaires étrangères a clairement appelé l’Ukraine à «remplir ses obligations», quitte à sembler épouser les thèses russes. «Les pouvoirs de Kiev doivent appliquer les réformes et introduire en particulier des amendements dans la constitution sur le statut spécial du Donbass et sur le processus électoral dans la région. Nous espérons que les résultats seront atteints d’ici à la fin du premier semestre», a-t- il précisé.

Derrière, et d’après Spiegel, des pays traditionnellement opposés à la Russie que sont la Pologne et les pays baltes pourraient accepter une réduction progressive des sanctions en échange de troupes supplémentaires de l’OTAN dans leurs pays respectifs. La Grande-Bretagne reste fermement opposée à toute annulation, même partielle, de sanctions tant que les accords de Minsk ne sont pas respectés.

Les Etats-Unis voient eux aussi ce mouvement d’un mauvais œil. L’ambassadeur américain à Kiev a ainsi déclaré qu’il était “beaucoup trop tôt” pour parler d’un allègement des sanctions. Quant à l’ambassadeur américain en Allemagne, cité par Spiegel, il considère que “les sanctions ne devraient être levées qu’une fois que le protocole est implanté de manière compréhensive. Un changement dans cette logique pourrait représenter un dangereux précédent“. “Les USA maintiendront les sanctions contre la Russie, et espère que l’UE fera de même“, titrait ainsi l’Associated Press il y a quelques jours. The Daily Best, journal en ligne américain à la ligne éditoriale plutôt conservatrice et résolument anti-Poutine, affirme néanmoins dans un article que l’achat par des sociétés aérospatiales américaines de moteurs de fusée russe pourrait représenter une violation des sanctions. Signe que, même lorsque la discussion ne porte pas sur leur annulation, les sanctions font débat.

 

 

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