29 mars 2016 – Prisonnier de guerre ukrainien contre trafiquant d’armes russe ?

L’info du jour

D’après plusieurs médias russes, dont l’agence de presse Interfax, la Russie chercherait à échanger la pilote ukrainienne Nadejda Savchenko, récemment condamnée à 22 ans de prison, avec deux personnes actuellement emprisonnées aux Etats-Unis pour des faits de trafic d’armes et de trafic de drogue. Une information non confirmée (l’ambassadeur américain en Russie a déclaré que les USA “n’envisageaient pas la possibilité” d’un tel échange), mais qui interpelle, autant en raison du fait que Moscou demanderait à relâcher une personne détenue aux USA dans ce qui n’est théoriquement qu’une affaire russo-ukrainienne que de par le caractère sulfureux des personnes impliquées.

Dire que Viktor Bout est un personnage sulfureux tient d’ailleurs plutôt de l’euphémisme. L’homme est une véritable légende, un mythe qu’il a lui-même soigneusement travaillé au cours des années et qui a trouvé son apothéose dans le film “Lord of War”, dont le personnage principal joué par Nicolas Cage serait inspiré de sa personne.

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Viktor Bout // Source

Il dit être né au Tadjikistan, mais certains le placent en Ouzbékistan, au Turkménistan ou en Ukraine. Affublé du surnom (pas très original) de “Marchand de mort”, cet ancien interprète de l’armée rouge est accusé d’avoir, depuis les années 1990, vendus des armes à quelque uns des régimes les plus meurtriers de la planète, en Afrique, en Amérique du Sud et au Moyen-Orient. A l’aide d’une flotte d’avions de transport militaires soviétiques (dont on peut encore voir quelques traces au Moyen-Orient), récupérés à l’époque ou les officiers d’un URSS tout juste effondré vendaient sans problème leur arsenal en échange de pots de vin, Bout aurait transporté autant armes pour des dictateurs comme Charles Taylor qu’aide humanitaire pour le compte de l’ONU. Il a même travaillé pour le gouvernement américain, notamment lors de la guerre du Golfe. Sa formation à l’Institut Militaire des Langues Etrangères, qui a formé un grand nombre d’agents du KGB, est pour certains une preuve de son ancienne appartenance aux services secrets soviétique : lui-même l’a toujours nié.

On le dit aussi proche des actuels services de renseignement russes, une rumeur que l’apparente volonté de Moscou de l’échanger contre un prisonnier de guerre ne devrait faire que renforcer. Son rôle d’intermédiaire dans des trafics d’armes avec l’Iran et la Syrie serait ainsi, pour un spécialiste de la région, une raison possible du désir de Moscou de le “récupérer”.

D’après les médias russes, Moscou souhaitait en même temps récupérer Konstantin Yaroshenko, un pilote russe arrêté au Libéria en 2010. Accusé d’avoir participé à un trafic de cocaïne, il est extradé aux USA et condamné à 20 ans de prison. Fait notable, les deux hommes que la Russie chercherait à échanger ont tous les deux été arrêtés hors des Etats-Unis avant d’y être ramenés : Viktor Bout a ainsi été arrêté en Thaïlande, lors d’une opération conjointe de la police locale et de la DEA, l’agence antidrogue américaine. Suivant sa condamnation, Moscou avait déclaré que “Le ministère russe des Affaires étrangères fera tous les efforts nécessaires pour obtenir le retour de Viktor Bout dans sa patrie“.

Pour plusieurs observateurs, le fait que la Russie demande un échange avec les USA illustre aussi la perception à Moscou d’un gouvernement ukrainien commandé en sous-main par la Maison Blanche (une vision qui est apparue au lendemain de la chute de Yanoukovitch et  reste aujourd’hui proéminente). La proposition serait alors un moyen de “révéler” cette influence.

Reste que, au vu de la réaction de l’ambassadeur américain, cette proposition, si elle a bien été faite, ne mènera sans doute nulle part. Nadejda Savchenko, elle, est toujours emprisonné en Russie, malgré les multiples appels de la communauté internationale pour sa libération. Si Moscou cherche bien à réaliser un échange -et les signaux sont contradictoires à ce sujet-, l’une des possibilités les plus probables à l’heure actuelle serait de négocier avec Kiev la libération de deux “citoyens russes” capturés par l’armée ukrainienne dans le Donbass, et considérées par l’Ukraine comme étant des agents du GRU, le renseignement militaire russe.

L’article du jour

The Jamestown Foundation – The Influence of Russian Military Reform on PLA Reorganization

La Chine a suivi les réformes de l’armée russe et l’action de cette dernière en Ukraine et en Syrie de très près, et souhaite s’en inspirer dans plusieurs domaines. C’est la thèse de cet article extrêmement bien informé qui aborde le sujet des réformes militaires russes sous un angle très différent de ce qu’on peut lire habituellement. La question de l’organisation des unités (la Russie s’est détournée du système de division cher à l’URSS pour préférer un système par brigades, plus flexible et inspiré de ce que fait l’OTAN) ainsi que des réductions de personnels sont notamment des domaines ou Beijing souhaiterait émuler ce qu’a fait la Russie.

Le média social du jour

L’une des nouvelles les plus relayées de la journée sur l’internet russophone fut l’annonce par le Ministère de la Défense russe du nom du soldat russe décédé à Palmyre il y a quelques jours. D’après l’armée russe, Alexandre Prokhorenko aurait été tué après avoir réclamé un appui feu sur sa propre position, alors qu’il était encerclé par des troupes de Daesh. Le récit, invérifiable, a été repris massivement sur internet et au-delà. Sur ce tweet relayé plus de 700 fois, un journaliste du tabloïd russe Komsomolskaya Pravda présente une photo du “héros”.

 

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