21 janvier 2016 – Fin du mystère Litvinenko ?

L’info du jour

Le rapport sur l’enquête publique britannique concernant la mort d’Alexandre Litvinenko, empoisonné au polonium 210 à Londres en 2006, a été publié. Sans surprise, il met en cause l’Etat russe et parle d’une implication “probable” de Vladimir Poutine lui-même. Mais au-delà des -fortes- suspicions,  l’affaire reste entouré d’un flou qui ne semble pas près de se dissiper.

Le rapport complet peut-être consulté à cette adresse. Il ne contient pas de révélations majeures, mais représente plutôt une exhaustive description de l’affaire, depuis la vie de Litvinenko avant son arrivée en Grande-Bretagne au début des années 2000 jusqu’aux circonstances de sa mort, en passant par un examen détaillé des différents suspects de son meurtre.

S’il n’y a que peu de doutes quant aux responsables directs de la mort de Litvinenko -Andreï Lugovoï et Dmitri Kovtoun, accusés d’avoir déposé du polonium dans le thé du dissident-, la question du commanditaire reste sans réponse définitive (le rapport note que M.Lugovoï et Kovtoun n’avaient “aucune raison personnelle de tuer Alexandre Litvinenko”). Car même parler de l’implication de “l’Etat russe” ne dit pas si la décision venait du haut (de Poutine directement) ou s’il agissait d’une opération commandée par un service. La vie de Litvinenko, après tout, était loin du long fleuve tranquille : dans la seconde moitié des années 90, l’homme a travaillé dans une section spéciale du FSB consacrée, entre autres, à l’assassinat. Litvinenko était un tueur, recruté, d’après certaines sources, en raison du caractère “impitoyable” dont il avait pu faire preuve dans ses anciennes opérations, notamment en Tchétchénie.

URPO

Ayant ensuite dénoncé la corruption au sein du FSB, après que ce dernier lui ait ordonné de tuer l’oligarque Berezovsky (ce qu’il ne fera pas), Litvinenko était largement considéré comme un traître par l’organisation. Certains voient donc sa mort comme une vengeance d’un service qui n’apprécie pas la traîtrise.

Une autre théorie, défendue dans une tribune du Guardian, suggère que Litvinenko ait été assassiné en urgence pour l’empêcher d’aller témoigner auprès d’un procureur espagnol sur les liens entre des groupes mafieux espagnols et russes, liens qui remonteraient jusqu’à des officiels russes et même jusqu’à Poutine. D’après un journaliste d’investigation espagnol, Litvinenko était supposé rencontrer le procureur espagnol une semaine après la date de son assassinat.

Beaucoup de théories donc, mais pas de preuves, et de nombreux doutes. Ainsi, le rapport discute d’un mystérieux “M.Potemkine”, qui se serait présenté comme un major du FSB infiltré en Autriche afin de surveiller l’activité de migrants tchétchènes. Potemkine affirme avoir transporté, en septembre 2006, le polonium 210 ayant servi à tuer Litvinenko. Cette information semblerait mettre en doute la théorie d’un meurtre commis dans l’urgence du moment, et pointerait plutôt vers un assassinat soigneusement préparé. Mais autant Alex Goldfarb, un ami de Litvinenko et celui qui est rentré en contact avec M.Potemkine, que Sir Robert Owen (qui dirigeait l’enquête publique) ont émis de gros doutes quant à la validité du témoignage.

Potemkine

Au final néanmoins, le rapport conclut que l’opération a probablement été menée par le FSB, avec l’approbation de Patrouchev (qui dirigeait alors l’organisation) et Vladimir Poutine. Pour les témoins interrogés par Sir Owen, personne au FSB n’oserait autoriser une telle opération sans se couvrir, c’est-à-dire sans s’assurer que les plus hauts niveaux de la hiérarchie approuvent. Un autre témoin considère lui que si la connaissance de l’opération par Patrouchev était quasi-certaine, il est beaucoup moins sûr que Poutine ait personnellement autorisé l’assassinat. C’est néanmoins ce que pense Sir Owen.

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La vérité sur l’affaire Litvinenko ne sortira sans doute pas avant très longtemps, si elle sort un jour : la Commission interministérielle pour la protection des secrets de l’Etat russe a annoncé hier qu’une partie des archives des services secrets soviétiques (couvrant la période 1917 – 1991) resteraient classifiés jusqu’en 2044. Pour celles du FSB, il faudra sans doute attendre encore plus longtemps.

L’article du jour

Matter – How Radioactive Poison Became the Assassin’s Weapon of Choice: The mysterious life and brutal death of a Russian dissident

L’un des meilleurs papiers sur l’affaire Litvinenko, qui a le mérite de ne pas prendre pour argent comptant les déclarations des personnes les plus proches du dissident. L’article s’intéresse notamment à sa période au FSB ainsi qu’à la question, centrale à la compréhension de l’affaire, de sa relation avec l’oligarque Boris Berezovsky.

Le média social du jour

Dans un registre un peu plus léger, la dernière chanson du groupe russe “Leningrad” fait un carton, avec plus de 12 millions de vue sur Youtube une semaine après sa sortie. Bon, c’est pas vraiment du média social, mais le clip vaut le détour (pas besoin de parler russe pour comprendre) :

 

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